Le soir, la guirlande lumineuse des voitures dévalant les pente de Yaoundé incendie la nuit. Du balcon de Mvolyé on voit bien la morphologie de Yaoundé. La ville aux sept collines. Pratique pour les taxis qui économisent du carburant en lâchant l’accélérateur dans ces descentes répétitives.
Ça klaxonne encore, toute la nuit ça klaxonnera.
Yaoundé elle non plus, ne dort jamais. Il y a toujours un klaxon, une radio qui chante son bikutsi ou une soeur spiritaine éveillée à l’aube pour hurler quelque chose. Quand ce n’est pas le coq signalant le lever du jour. Ou le chevreau cherchant sa mère.
Est-ce cet intarissable bruit qui nous a épuisé comme cela? Qui nous rend si patraque au retour en France? Ou est-ce la nostalgie, comme le chantonne Livramento, la soeur du Cap-Vert dont les yeux malicieux nous aimaient autant qu’ils nous taquinaient?
Rentrer n’est jamais facile. On quitte une aventure qui nous a sorti de l’ordinaire. On sait très bien que ce n’est pas la vraie vie, mais on voudrait que cela le reste. Encore un tout petit peu.
S’adapter, embrasser, voyager
La satisfaction du voyage provient en partie de notre capacité à s’adapter à un nouvel environnement. Heurté au départ, on finit par embrasser un environnement qui n’est pas le sien, auquel on appartient pas, mais qu’on finit par mieux comprendre pour y évoluer tranquillement. On finit aussi par adapter sa façon d’être, sa façon de parler, sa façon de marcher.
Tout ça, nous en avons à peine eu le temps. Voilà sans doute ce qui nous manquera du Cameroun. Ce qui en fait une expérience avortée. Ce qui nous rend un peu groggys au retour.
A cela s’ajoute le choc des civilisations.
De la civilisation qui marche nous plongeons immédiatement dans la civilisation qui se baigne dans la piscine du camping de Bellème. La civilisation du loisir. Celle qui n’a pas besoin d’aller au champ 365 jours par an. Celle qui peut se permettre d’offrir des peluches aux nouveaux-nés et non des paniers pleins de denrées alimentaires pour choyer sa famille et remplir cette nouvelle bouche à nourrir.
La France est en vacances. La France mange des fruits importés, s’offre des vacances à la mer. Luxe du temps à perdre. Luxe du repos.
Jetlag civilisationnel
Comment peut-on vivre sur la même planète? On dirait qu’on est rentrés au paradis. Là où on a tout à disposition. Là où on peut se permettre de mettre des décorations au mur. Là où on a tout.
Comment rejeter cela? Ce serait sans doute absurde. C’est de là que nous venons. Et pourtant, je m’y sens un peu étrangère tout à coup. D’avoir vécu un mois sans tout cela, de m’en être passée. Et je sais très bien qu’il faudra peu de temps pour s’y accoutumer à nouveau. Pour vouloir céder à la tentation consumériste. Pour manger des aliments transformés, des conserves, des surgelés. Pour s’offrir un nouveau vêtement, un voyage, un CD.
Comment peut-on être Voyageur? Comment peut-on surtout être occidental? Comment peut-on être nés sous des auspices heureux quand d’autres ont été moins chanceux. Comment peut-on se permettre de le rester et que peut-on faire? On ne peut pas se priver de tout. On ne peut faire que d’infimes efforts. Et encore, l’existence même de ces efforts souligne l’absurdité de la façon dont tourne le monde. Puisque l’on doit faire l’effort pour qu’il tourne mieux, c’est bien que ça ne tourne pas rond.
Et on ne sauvera pas le monde, à deux, à quatre, à dix. On ne sauvera pas l’Afrique tout seuls. Est-ce seulement notre rôle? Mais l’Afrique est plus que jamais nécessaire. Elle nous est nécessaire pour nous montrer le chemin. Le chemin de l’histoire. Le chemin des nécessités.
Si la vie est ailleurs, elle est peut-être là-bas. En Afrique et chez les gens qui savent ce que c’est que de se battre pour son pain quotidien. Ce gens qui en souffrent mais qui ne le diront pas. Ces gens qui se mettent à ne plus tourner rond à force de ne pas l’avoir, ce pain. Et qui souffrent de nous voir, nous, Occidentaux, tout avoir. Les lustres, les stars, les académies, les maillots de bain, les cheveux lisses, la peau blanche, les meubles, les vacances, les métros, les voitures, les consoles de jeux, les deux téléviseurs, l’ordinateur, internet, la banque, l’appareil photo, le prêt immobilier, le salaire tous les mois.
Tout cela, ils le savent. C’est tout cela qu’ils veulent, aussi, en nous interpellant, en voulant nos numéros de téléphones, nos adresses, en saluant nos familles qu’ils ne connaissent pas « tu salueras bien tout le monde là-bas ». C’est tout cela qu’ils veulent en traversant la Méditerranée ou en cherchant un vieux mari sur Internet.
On leur a fait croire cela. Qu’ici c’est le paradis. La terre promise. Le pays des Bisounours, de Ken, Barbie et de Walt Disney.
Dont on n’est pourtant même jamais satisfaits.
Oh la la la vie en rose…
Le soir, la guirlande lumineuse des voitures dévalant les pente de Yaoundé incendie la nuit. Du balcon de Mvolyé on voit bien la morphologie de Yaoundé. La ville aux neuf (?) collines. Pratique pour les taxis qui économisent du carburant en lâchant l’accélérateur dans ces descentes répétitives.
Ça klaxonne encore, toute la nuit ça klaxonnera.
Yaoundé elle non plus, ne dort jamais. Il y a toujours un klaxon, une radio qui hurle son bikoutsi ou une soeur spiritaine éveillée à l’aube pour hurler quelque chose. Quand ce n’est pas le coq signalant le lever du jour. Ou le chevreau cherchant sa mère.
Est-ce cet intarissable bruit qui nous a épuisé comme cela? Qui nous rend si patraque au retour en France? Ou la nostalgie, comme le chantonne Livramento, la soeur du Cap-Vert dont les yeux malicieux nous aimaient autant qu’ils nous taquinaient?
Rentrer n’est jamais facile. On quitte une aventure qui nous a sorti de l’ordinaire. On sait très bien que ce n’est pas la vraie vie, mais on voudrait que cela le reste. Encore un tout petit peu. Rentrer un mois plus tôt que prévu est terriblement amer.
La satisfaction du voyage provient en partie de notre capacité à s’adapter à un nouvel environnement. Heurté au départ, on finit par embrasser un environnement qui n’est pas le sien, auquel on appartient pas, mais qu’on finit par mieux comprendre pour y évoluer tranquillement. On finit aussi par adapter sa façon d’être, sa façon de parler, sa façon de marcher.
Tout ça, nous en avons à peine eu le temps. Voilà sans doute ce qui nous manquera du Cameroun. Ce qui en fait une expérience avortée. Ce qui nous rend un peu groggys au retour.
A cela s’ajoute le choc des civilisations. De la civilisation qui marche nous plongeons immédiatement dans la civilisation qui se baigne dans la piscine du camping de Bellème. La civilisation du loisir. Celle qui n’a pas besoin d’aller au champ 365 jours par an. Celle qui peut se permettre d’offrir des peluches aux nouveaux-nés et non des paniers pleins de denrées alimentaires pour choyer sa famille et remplir cette nouvelle bouche à nourrir.
La France est en vacances. La France mange des fruits importés, s’offre des vacances à la mer. Luxe du temps à perdre. Luxe du repos.
Comment peut-on vivre sur la même planète? On dirait qu’on est rentrés au paradis. Là où on a tout à disposition. Là où on peut se permettre de mettre des décorations au mur. Là où on a tout.
Comment rejeter cela? Ce serait sans doute absurde. C’est de là que nous venons. Et pourtant, je m’y sens un peu étrangère tout à coup. D’avoir vécu un mois sans tout cela, de m’en être passée. Et je sais très bien qu’il faudra peu de temps pour s’y accoutumer à nouveau. Pour vouloir céder à la tentation consumériste. Pour manger des aliments transformés, des conserves, des surgelés. Pour s’offrir un nouveau vêtement, un voyage, un CD.
Comment peut-on être voyageur? Comment peut-on surtout être occidental? Comment peut-on être nés sous des auspices heureux quand d’autres ont été moins chanceux. Comment peut-on se permettre de le rester et que peut-on faire? On ne peut pas se priver de tout. On ne peut faire que d’infimes efforts. Et encore, l’existence même de ces efforts souligne l’absurdité de la façon dont tourne le monde. Puisque l’on doit faire l’effort pour qu’il tourne mieux, c’est bien que ça ne tourne pas rond.
Et on ne sauvera pas le monde, à deux, à quatre, à dix. On ne sauvera pas l’Afrique tout seuls. Est-ce seulement notre rôle? Mais l’Afrique est plus que jamais nécessaire. Elle nous est nécessaire pour nous montrer le chemin. Le chemin de l’histoire. Le chemin des nécessités. Le chemin de la vie.
Si la vie est ailleurs, elle est peut-être là-bas. En Afrique et chez les gens qui savent ce que c’est que de se battre pour son pain quotidien. Ce gens qui en souffrent mais qui ne le diront pas. Ces gens qui se mettent à ne plus tourner rond à force de ne pas l’avoir, ce pain. Et qui souffrent de nous voir, nous, Occidentaux, tout avoir. Les lustres, les stars, les académies, les maillots de bain, les cheveux lisses, la peau blanche, les meubles, les vacances, les métros, les voitures, les consoles de jeux, les deux téléviseurs, l’ordinateur, internet, la banque, l’appareil photo, le prêt immobilier, le salaire tous les mois. Tout cela, ils le savent. C’est tout cela qu’ils veulent, aussi, en nous interpellant, en voulant nos numéros de téléphones, nos adresses, en saluant nos familles qu’ils ne connaissent pas « tu salueras bien tout le monde là-bas ». C’est tout cela qu’ils veulent en traversant la Méditerranée, en cherchant un vieux mari sur Internet, en faisant de nous leur cible privilégiée.
On leur a fait croire cela. Qu’ici c’est le paradis. La terre promise. Le pays des Bisounours, de Ken, Barbie et de Walt Disney.
Dont on n’est pourtant même jamais satisfaits.
« Oh la la la vie en rose… »
Bravo ma belle.
Sauver l’ Afrique? ou déjà la regarder vraiment pour y trouver ce qu’elle a à nous apprendre. Merci de nous y inviter.