C’est le milieu d’après-midi. Il nous a donné rendez-vous à 14h mais il n’arrivera évidemment pas avant 15h. On a bien fait d’arriver en retard. JB débarque au Village, ce restaurant où nous avons eu nos habitudes, dans le quartier ou nous travaillions.
Et dès qu’il démarre c’est un Festival.
JB est journaliste. Un petit journaliste. Trois quatre pommes écrasées, une petite barbiche, un fessier dans un jean rebondi, des baskets. JB semble bondir à chaque pas et à chaque mot. Sur son dos, un tee-shirt de football tout droit ramené d’Afrique du Sud. Il y a passé trois semaines comme journaliste sportif. Il a la pêche d’un vacancier de retour au travail. Le dynamisme de quelqu’un de déterminé. Et surtout, des tas de choses à raconter.
Un bavard comestible
Il y a ces bavards pénibles, dont une parole sur deux est comestible. Et il y a ces incroyables bavards, donc chaque parole est à boire. JB est l’un d’eux. En deux heures de rencontres, nous en plaçons à peine une. Mais il a le temps de nous donner une bonne leçon de journalisme.
Et pourtant, le contexte n’y est pas propice. Au Cameroun, le journalisme est mis à mal par un pouvoir autocratique et une condition salariale déplorable qui pousse certains à la quasi-prostitution journalistique. Ce sont les journalistes tireurs d’élites. Ceux qui sont payés pour faire tomber des têtes. Et qui risquent eux-mêmes de tomber si on leur tombe dessus.
Et puis il y a les autres. Qui font leur job comme si comme ça. Copiant collant sur Internet et rabâchant lieux communs et faux arguments dans cette incroyable rhétorique caractéristique d’un certain nombre de Camerounais. Payés au lance-pierre, formés par des universitaires, peut-être, finalement, n’ont-ils pas le choix.
Loin de moi de faire des généralités. On parle ici d’une certaine presse d’actualité. De certains journalistes. Dans le journal où je travaillais, détermination et dévouement faisaient la force d’une équipe qui se démenait pour défendre et appuyer les petits paysans camerounais.
Du journaliste agitateur social
JB a, lui, pour collègues ces tireurs d’élites, ces confectionneurs de formules, ces dévoreurs de buffets offerts. Mais il aspire à autre chose.
« Moi le sport, ça m’intéresse pas ». Il est un brillant analyste des non-prouesses des Lions Indomptables mais non, s’il peut, il souhaite changer de poste. Ce qu’il veut, c’est du politique, c’est du social. Un stage en France lui a ouvert les yeux sur le rôle de la presse dans le débat politique. « Vous les politiques, ils ne peuvent pas dire ce qu’ils veulent, ils savent qu’ils seront repris par la presse, les opposants et les citoyens. Nous ici, tout le monde s’en fout ».
Mais lui, il y croit. Au rôle du journaliste comme agitateur social.
Il en a même fait l’expérience, en tombant sur une véritable prison à l’intérieur de l’hôpital pour ces femmes incapables de payer leurs soins. Il a sorti son sujet et fait libérer les dizaines de femmes enfermées et parfois souffrantes. Il sait ce que c’est, être reçu comme un sauveur dans le quartier des victimes qu’il a délivré.
JB y croit mais il sait ce qui est difficile. L’intérêt des directeurs de publication, véritables hommes d’affaires y est contraire. Leurs affinités pécunières les empêchent d’accepter tous les articles. Car ici, l’économique a pris la place du politique. « Nos députés sont de véritables analphabète. La plupart du temps ce sont juste des hommes qui sont entrés en politique pour faciliter leurs affaires »
Et il est révolté, JB. De constater que les dirigeants laissent leurs concitoyens mourir de faim ou de manque de soins. Il voudrait comprendre, solliciter, provoquer pour réveiller le débat. Pour élever les critiques citoyennes au-delà des simples attaques au coin des parlementaires debouts, ces kiosques à journaux où l’on peut lire et commenter les unes des journaux scotchées et suspendues dans la rue. Il y croit, lui, à la mise en place d’une vie politique au Cameroun et au rôle qu’il a à jouer là-dedans.
Et on a envie d’y croire avec lui.
JB, leçon de journalisme
1 août 2010 par Raphael C