« Tu sais Manon, ici au Cameroun, on ne connaît pas le stress ». Et c’est vrai. C’est vrai qu’ici, tout va bien. Ici on ne s’inquiète pas. Pas pour un petit retard, pas pour un appel manqué.
On ne se précipite pas sur son portable pour y répondre. On ne presse pas le pas parce que l’heure est déjà passée. Il y aura toujours un taxi pour nous attraper. Et au bout du fil, quelqu’un pour nous dire « j’arrive ». Qui, en langue locale veut dire « je pars » quand ce n’est pas « je ne suis pas encore parti mais ça ne saurait tarder ».
Un petit mensonge de rien du tout « je suis dans le taxi » et d’la route. On se retrouve dans une heure.
On m’avait prévenue avant le départ. Les Européens ont les montres, les Africains ont le temps.
Allez dire ça à deux Européens en passe d’être illégaux sur le territoire camerounais et qui, après des semaines d’attente, reçoivent une réponse négative à leur demande de prolongation de visa.
Il va falloir plier bagage avec un mois d’avance. Et ce n’est qu’au moment où nous annonçons que nous devrons nous en aller que tout le monde a un ami qui. Une connaissance qui. Un contact. Un moyen de peut-être, trouver une alternative.
Mais on connaît ceux qui ne connaissent pas le stress. On devine, que ça peut prendre encore des tractations à durée indéterminée. On sait que c’est que c’est vendredi. Que le Brésil joue à 15h. Que nous n’aurons pas notre réponse ce soir.
Alors autour, on est désolé. Vraiment les papiers c’est quelque chose. Mais d’ailleurs, pourquoi vous inquiétez-vous, vous êtes trop légalistes. Vraiment là, ce n’est pas à cause d’un visa qu’on vous attirera des ennuis. Je connais quelqu’un qui. Et puis, allez, tu restes, voyons.
C’est vrai, dans le fond, qu’est-ce qui pourrait nous arriver? Payer un bakchich voire une amende. A la limite séjourner en prison et se faire renvoyer chez soi. A la limite, rester enfermé pour éviter de se faire contrôler. Vivre le calvaire de tout clandestin. A la limite. Stresser un bon coup.
A stresser pour stresser, on a préféré rentrer. Et stresser parce qu’on attend toujours la confirmation de notre billet d’avion. Stresser parce qu’il faut trouver le bon chauffeur pour la nuit. Quelqu’un en qui on peut avoir confiance. Stresser parce qu’on peut encore rater l’avion, être détournés, se crasher dans le désert, être pris en otage à Casablanca, être alertés à la bombe à Orly…
« Tu sais Manon, en Afrique, on ne connaît pas le stress ». Bon, promis, une fois qu’on est rentrés, on arrête de stresser!