Samedi après-midi. Depuis quelques jours la fraîcheur est tombée sur Yaoundé. C’est la mi-saison. On n’étouffe plus et l’on supporte des manches. Le temps d’aller nous promener.
Une marche dans Yaoundé est un peu étrange à faire. Où aller? Que faire? Que voir? Ce n’est pas une ville touristique. Il n’y a pas d’incontournables, de « seesight », que des quartiers qui s’accumulent sur des kilomètres.
Yaoundé n’a pas d’attraction touristique, mais elle est une attraction en elle-même. Tout y est nouveau, exotique, dans nos yeux novices. Même ce quartier en bas de la colline Mvolyé.
Sur notre promenade, tout commence normalement. Le ballet des taxis jaunes tintinnabule, s’embouteille, queue-de-poissonne. Des nids de poule rendent la route chaotique, les voitures nous frôlent. Nous marchons au bord de la route, entre le caniveau et l’asphalte, puis sur un flanc d’herbe faisant office de trottoir. On avance, tranquillement, à pas d’Africain, sans presser la marche. Rien ne presse que la découverte. Rien ne stresse que la découverte.
Le long de la route goudronnée, la vie commerçante bat son plein. Une boutique de bassines, une épicerie fine, un marché de légumes. A la mode camerounaise.
L’épicerie fait 5 mètres carrés. Un comptoir, des vivres qui s’entassent tout autour, de loin, on croirait à une cave, ou un garage. Pas d’enseigne, pas de néon racoleur, juste un pas de porte et des denrées vendues à l’unité.
Sur le petit marché, on vend les légumes et les fruits du jour. Une quinzaine de mangues posées sur une planche de bois, deux épis de maïs et du poisson grillés. Et, tous les cent mètres, les inévitables « call box ». Trois planches de bois font une table. Un tabouret. Un parasol sur lequel pendent des feuilles blanches dans des pochettes en plastiques. Une personne qui attend, téléphone portable à la main. « 100 F de 0 à 59 secondes » disent les pochettes suspendues. La cabine téléphonique à la camerounaise. On peut aussi y recharger son crédit téléphonique. Et, parfois, acheter trois bonbons ou une mangue.
Quelques personnes sont installées sur la terrasse d’un café pour regarder le match du Ghana contre les Etats-unis. On reconnaît les terrasses aux alignements de tables en plastique vétustes. Pas de chichi, pas de design à deux balles, pas de thématique de couleur. C’est le camping de la plage. Sans la plage. Et sans le bâton en plastique fluo qui ne sert à rien dans le verre et qu’on mâchonne pour rester un peu plus longtemps.
Nous nous engouffrons à gauche. Un chemin de terre sculpté par des torrents d’eau passés par là. Au départ, nous pensons que ce n’est qu’un petit chemin. Nous découvrons finalement qu’il s’agit d’une rue.
A droite, à gauche, des familles ordinaires lavent de la vaisselle ordinaire dans des bassines ordinaires. Les maisons sont faites de terre, ou en dur terne. Tout est silencieux.
Des yeux blancs brillants nous fixent, des crânes suivent notre passage. Imaginez deux gorilles dans la rue des béloces à l’heure des baloces et des courses de tricycle. C’est nous.
Et c’est la gêne qui nous envahit, qui surpasse l’émerveillement. Un peu plus loin trois petites filles uniformes, tresses piquées sur la tête, bouches ouvertes, yeux gluants nous épient, hypnotisées. Une photo se perd. Nous avançons.
Il faut apprendre à toucher avec les yeux. Immortaliser le paysage d’un cliché pourrait être malvenu, parfois. Après tout, ces gens-là sont comme nous, ces maisons-là sont les leur. Comment ne pas risquer la violation d’intimité et la zoo-ification en voulant les photographier?
Le long de la route, les gens marchent. Montent ou descendent la colline. Tee-shirt, pantalon et that’s it. Ils marchent. Comme s’ils n’avaient pas de but. Comme s’ils n’avaient pas de rendez-vous. Ils doivent aller quelque part. Certainement. Vers un autre bout de la ville. Un autre bout de la vie.
Personne ne se promène sans but, comme nous, riches de temps à perdre. Riches de cette gratuité là. On ne se balade pas à Yaoundé, on se déplace. Comme le long de la route menant à Mvolyé.
En remontant la colline, nous marchons dans leurs traces. Silencieux. Lourde déambulation de viel éléphant. Un pied après l’autre. On avance.




Chère Manon,
J’ai découvert ton site web et je suis fascinée de ta facon d’écrire, même si mon francais n’est pas assez bien pour comprendre chaque mot – on a vraiment l’impression d’être là, à côté avec toi quand tu montes/descends la colline en découvrant l’entourage.
Très impressionnant!
Bisous,
)
Sarah (l’allemande en France
A mettre dans le top de tes pages ! Très émouvant , juste , avec un style maintenant reconnaissable entre tous !!!!
De la fierté de papa .
bravo
bisous papouch
Il n’y a pas que le papa qui est fier ..!
De la fierté de colloc, de la fierté d’amie surtout ..
Je t’embrasse ma Manon