Le soir, la guirlande lumineuse des voitures dévalant les pente de Yaoundé incendie la nuit. Du balcon de Mvolyé on voit bien la morphologie de Yaoundé. La ville aux sept collines. Pratique pour les taxis qui économisent du carburant en lâchant l’accélérateur dans ces descentes répétitives.
Ça klaxonne encore, toute la nuit ça klaxonnera.
Yaoundé elle non plus, ne dort jamais. Il y a toujours un klaxon, une radio qui chante son bikutsi ou une soeur spiritaine éveillée à l’aube pour hurler quelque chose. Quand ce n’est pas le coq signalant le lever du jour. Ou le chevreau cherchant sa mère.
Est-ce cet intarissable bruit qui nous a épuisé comme cela? Qui nous rend si patraque au retour en France? Ou est-ce la nostalgie, comme le chantonne Livramento, la soeur du Cap-Vert dont les yeux malicieux nous aimaient autant qu’ils nous taquinaient?
Rentrer n’est jamais facile. On quitte une aventure qui nous a sorti de l’ordinaire. On sait très bien que ce n’est pas la vraie vie, mais on voudrait que cela le reste. Encore un tout petit peu.
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C’est le milieu d’après-midi. Il nous a donné rendez-vous à 14h mais il n’arrivera évidemment pas avant 15h. On a bien fait d’arriver en retard. JB débarque au Village, ce restaurant où nous avons eu nos habitudes, dans le quartier ou nous travaillions.
Et dès qu’il démarre c’est un Festival.
JB est journaliste. Un petit journaliste. Trois quatre pommes écrasées, une petite barbiche, un fessier dans un jean rebondi, des baskets. JB semble bondir à chaque pas et à chaque mot. Sur son dos, un tee-shirt de football tout droit ramené d’Afrique du Sud. Il y a passé trois semaines comme journaliste sportif. Il a la pêche d’un vacancier de retour au travail. Le dynamisme de quelqu’un de déterminé. Et surtout, des tas de choses à raconter.
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Je ne vais pas vous faire le coup du héros ordinaire. Celui qui, dans l’ombre, sauve le monde à sa manière. Non. Je vais carrément vous faire le coup du super-héros. Car Yaoundé en est pleine. Les taximen, mes héros.
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« Tu sais Manon, ici au Cameroun, on ne connaît pas le stress ». Et c’est vrai. C’est vrai qu’ici, tout va bien. Ici on ne s’inquiète pas. Pas pour un petit retard, pas pour un appel manqué.
On ne se précipite pas sur son portable pour y répondre. On ne presse pas le pas parce que l’heure est déjà passée. Il y aura toujours un taxi pour nous attraper. Et au bout du fil, quelqu’un pour nous dire « j’arrive ». Qui, en langue locale veut dire « je pars » quand ce n’est pas « je ne suis pas encore parti mais ça ne saurait tarder ».
Un petit mensonge de rien du tout « je suis dans le taxi » et d’la route. On se retrouve dans une heure.
On m’avait prévenue avant le départ. Les Européens ont les montres, les Africains ont le temps.
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Samedi après-midi. Depuis quelques jours la fraîcheur est tombée sur Yaoundé. C’est la mi-saison. On n’étouffe plus et l’on supporte des manches. Le temps d’aller nous promener.
Une marche dans Yaoundé est un peu étrange à faire. Où aller? Que faire? Que voir? Ce n’est pas une ville touristique. Il n’y a pas d’incontournables, de « seesight », que des quartiers qui s’accumulent sur des kilomètres.
Yaoundé n’a pas d’attraction touristique, mais elle est une attraction en elle-même. Tout y est nouveau, exotique, dans nos yeux novices. Même ce quartier en bas de la colline Mvolyé.
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Derrière ses petites lunettes, de petits yeux, de petites étincelles. Anabella épluche une goyave. Elle la coupe en deux, retire les petites graines noires gluantes en son centre, et dévore à la petite cuillère la chair orange sanguine, aqueuse, dont elle se régale, matin, midi et soir. Lorsque le vidage sera terminé, elle découpera la peau en deux, pour les donner aux Bonifaces. Les petites chèvres qu’elle élève. Et ce matin, Anabella sort un peu du silence placide qui la caractérise. Lire la suite »
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22h et des bananes, dimanche 6 juin
« Vous voyez le Cameroun se développe » dit-il appuyant sur le « e » de développe, décomposant les syllabes en bon africain.
Je ne suis pas sûre que c’est ce que nous retiendrons de notre visite du centre-ville cet après-midi. Son ton est rieur, ironique. Les Camerounais ne manquent pas d’humour.
Nous faisons le tour du marché central en ce jour de repos hebdomadaire. Il est désert, et cet abandon en révèle le dénuement et le délabrement.
Les déchets en monticules parfument la rue, premier haut-le-coeur. La ville n’a rien d’une ville, elle est plutôt un amas de vies, qui s’agglutinent, vendeurs à étals, qui se serrent sous des parasols de toutes les couleurs à l’heure de l’averse.
On nous propose de l’aide, nous interpelle des yeux ou des paroles, mais pas tant que cela. Finalement, c’est dimanche, ce n’est pas la foule des grands jours nous dit-on. Et pourtant, tout le monde est dehors, la vie est dehors, autour d’improbables « spots », dont je ne sais deviner s’ils sont un abris permanent pour les sans-toit de Yaoundé, ou s’ils sont le repère d’un jour, le temps d’une nouvelle averse.
« Ma soeur, surtout, ne tenez pas compte du code de la route »
L’eau déferle, nous prenons une première douche, chaude, pas désagréable. Un torrent rouge-terre dévale les pentes de la colline de Mvolyé. Nous remontons la côte dans l’intarissable voiture pilotée par Bernadette, la soeur française qui nous accueille. Elle nous raconte : « La personne qui m’a réappris à conduire m’a dit « Ma soeur, surtout, vous ne tenez pas compte du code de la route, vous regardez ce qu’il se passe autour de vous. »
Et c’est vrai que finalement, le ballet automobile se débrouille assez bien. Le klaxon chantonne, pilotes et piétons s’observent, s’évitent.
Les motos parfois chevauchées par quatre personnes en même temps, rangées par ordre de taille, cohabitent sans précipitation avec les autos. On se double, on roule au milieu de la route, sans ceinture à l’arrière, à deux sur le siège avant, tout va bien.
Nous sortons de cette promenade étonnés, mais toujours contents. L’étonnement est vivifiant.
Je ne m’attendais pas à cela de la ville, pas à ce désordre, pas à cet homme qui inspire dans un sac de poudre de blanche. Elle n’est pas agréable, la ville. Et pourtant, il nous faudra la vivre, nous l’approprier.
Mvolyé où nous vivons et un petit coin de paradis où les soeurs rient toujours autant. Elles rient de notre choix de baptiser de dernier né de leurs chevreaux « Boniface ». Comme le saint du jour de notre départ. Comme le Saint-Boniface de Winnipeg.
Encore un signe…
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Samedi 5 juin.Et c’est parti, après plusieurs mois de préparation, de recherche, de questionnement, c’est le départ. Au Perche, chez Simon, nous faisons un dernier clin d’oeil au Manitoba, en enfilant la ceinture fléchée de Simon. Hé Ho!
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“Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous qu’on ne sait pas lire”, écrit Jérôme Touzalin. Disons plutôt qu’on se rassure comme on peut! A deux jours du départ, au lieu de freaker out en tabarnak je m’amuse en trouvant les coïncidences entre le Canada et le Cameroun que j’interprète comme de bons signes pour le voyage à venir.
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